Qu’est-ce qui vous a motivé pour vous lancer dans la compétition ?
H.T. Je pense qu’on est dans une période dangereuse et mouvante, et il est important de donner des repères clairs à la population, aux travailleurs, et de donner de l’espoir. Il y a tout de même eu Pour moi, mener la campagne, c’est mettre en œuvre les convictions que j’ai
Quelle est la physionomie de votre circonscription, sachant qu’on est dans une région très conservatrice, mais que la situation est différente dans ville de Strasbourg ?
H.T. Ma circonscription, c’est le centre ville de Strasbourg, le quartier gare, les Halles, le Tribunal, ainsi que le quartier ouest, avec un quartier extrêmement important, c’est Hautepierre et ses 16 000 habitants. Le quartier de Hautepierre et celui de l’Elsau, où j’ai passé mon enfance, ce sont des quartiers populaires où le chômage chez les jeunes est très important, ainsi que la précarité et la fracture sociale et numérique. Malheureusement, ce sont aussi des milieux où l’abstention est forte, mais où la solidarité est aussi très forte au quotidien. Ce sont des endroits où l’on sent les valeurs d’entraide, ce qui permet aux gens d’avancer collectivement.
Quels enseignements tirez-vous de cette campagne ?
H.T. Nous, ce qu’on a rencontré sur le terrain, ce sont des personnes qui se sentent abandonnées. Par exemple, on a mené une campagne autour de la réouverture des commerces dans le quartier de l’Elsau où il n’y a plus rien depuis deux ans et demi, si ce n’est deux petites épiceries qui pratiquent des prix prohibitifs, et l’accès est extrêmement difficile, ce qui pénalise notamment les personnes âgées. Des promesses ont été faites, mais on attend toujours. On sent que ces problématiques du quotidien - arriver à vivre ou à survivre au quotidien - sont très importantes dans le quartier. De même dans le quartier de Hautepierre, où les gens ont le sentiment d’être abandonnés, de ne pas être écoutés ni pris en compte. Du coup, il y a une forme de défiance à l’égard des candidatures aux législatives. Mais le fait de dire que l’on vient d’un quartier populaire ( moi, j’ai habité 15 ans à l’Elsau ), que nous mêmes avons été confrontés à ces problèmes, et que nous ne sommes pas là pour jouer les politiciens mais pour vraiment changer la vie des gens avec eux, pour construire avec eux, c’est déjà une entrée en matière qui permet de renouer du lien.
Il y a aussi un contexte national dans ces législatives, qui interviennent après la présidentielle. Qu’est-ce que vous en avez ressenti sur le terrain ?
H.T. C’est assez paradoxal. Il y a chez les gens à la fois le sentiment que les politiciens les ont abandonnés, que Macron, c’est l’ami des riches, qu’il va mener une politique favorable aux banquiers, etc… Il y a aussi une prise de conscience des affaires de corruption, de l’argent qui s’évade, etc…et en même temps, il y a une absence de perspectives. Du coup, c’est assez difficile au milieu du brouhaha politicien de porter le message que ce sont les politiques qui décident, et qu’il faut nous aussi nous organiser. Pendant la campagne présidentielle, on avait constaté que la candidature de Mélenchon avait suscité de l’espoir.
Justement, comment ça s’est passé avec pour ces législatives avec la France insoumise ? H.T. On n’a pas réussi à avoir ici non plus dans le département, de candidature de rassemblement, et c’est très regrettable avant tout pour la population parce qu’on part séparés. Du coup, c’est compliqué. A la fois, les gens sont très loin de toutes ces questions, ils ne comprennent pas pourquoi il y a des formations politiques qui à un moment donné ont été ensemble et qui maintenant sont séparées. Ce qui revient quand même, c’est un goût amer à l’égard de Mélenchon, on l’a senti dès le second tour de la présidentielle. Les gens ne comprenaient pas pourquoi Mélenchon ne donnait pas de consigne de vote contre pour le second tour. Mais au delà, les débats entre les forces de gauche ne sont pas compris, ça montre qu’on est très loin de ce qu’attendent les habitants. Il aurait très bien pu y avoir des convergences entre nous, Europe Ecologie-Les Verts, la France insoumise, d’autres formations, on aurait pu trouver les moyens de construire une seule candidature. D’ailleurs, quand on se rencontre avec les militants de ces groupes, on se dit qu’il faudra le faire. Mais je pense qu’on a manqué une chance historique et que ça va peser lourd pour la suite. Macron lance tous les jours des attaques, la dernière en date, c’est la pérennisation de l’état d’urgence. Il ne parle pas de santé, de sécurité sociale, etc… Donc les gros coups vont pleuvoir, comment va-t-on réussir à se rassembler si nous n’avons pas réussi à le faire pour les législatives ? Je ne suis pas pessimiste en disant ça, mais la petite colline est devenue une montagne, ça va être plus difficile pour la gravir.
Si vous êtes élue, quelles seront vos priorités ?
H.T. La première priorité, ce sera de tout faire pour faire échouer la loi travail, c’est-à-dire voter contre, mobiliser, et être avec les salariés dans les luttes. Une autre de mes priorités, c’est de se battre pour la santé parce que la santé, ce n’est pas une marchandise, ce n’est pas la loi de l’offre et de la demande. On peut le faire en s’appuyant sur le régime d’Alsace-Moselle qui est plus favorable en termes de qualité de soins et de remboursements, avec une contribution plus importante des entreprises. Autre priorité, la lutte contre l’évasion fiscale. 80 milliards d’euros chaque année, à cause de multinationales qui pillent la France, c’est notre argent qui nous est soustrait. Et puis, il faudrait aussi réorienter l’argent public qui ne peut pas être livré à des lobbies qui visent le court terme, mais au contraire l’utiliser pour des grands projets d’investissement dans le logement, dans l’éducation. Je voudrais aussi que la France s’engage pour la paix. On est dans une période où les guerres se sont banalisées. Tous les jours, on se trouve confrontés à des attentats, en Europe, au Proche-Orient, c’est quotidien. Je pense que le choix que fait Macron d’une politique encore plus militariste et belligérante, est une fausse route. Il faut arrêter cette politique là, et être une force de coopération et de paix entre les peuples.