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Santé. La sécurité de la transfusion de sang menacée ?

Publié le 23/03/2018 à 23:53 par andrenicolas Tags : image france photo société mode sur texte news paysage roman
Santé. La sécurité de la transfusion de sang menacée ?
Santé. La sécurité de la transfusion de sang menacée ?
Alexandre Fache
Lundi, 19 Mars, 2018
L'Humanité

Hier, la pétition réclamant le maintien de l’INTS avait été signée par près de 8 900 personnes. José Oto/BSIP/AFP
 

Un rapport préconise la dissolution de l’Institut national de la transfusion sanguine (INTS), créé en 1994, après l’affaire du sang contaminé. Les personnels tirent la sonnette d’alarme.

Officiellement, rien n’est décidé. Pourtant, depuis plusieurs semaines, les 144 salariés de l’Institut national de la transfusion sanguine (INTS), ce groupement d’intérêt public (GIP) créé en 1994, sont inquiets. La raison de leurs tourments ? Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), paru le 19 décembre, qui programme ni plus ni moins… leur « dissolution ». Mis sur pied après l’affaire du sang contaminé, l’INTS devait servir de référence, par ses activités « de recherche et de formation », à « la sécurité transfusionnelle, la prévention des risques et l’adaptation (…) aux évolutions techniques et scientifiques ». Un pôle sécurité, donc, complémentaire de l’activité « industrielle et commerciale » de l’Établissement français du sang (EFS), ainsi dénommé depuis 2000, qui gère, lui, la collecte, la préparation et la distribution des « produits sanguins ».

« Au départ, l’Igas devait simplement “réfléchir à l’évolution de nos missions”, raconte Richard ­Ladine, l’un des représentants du personnel de l’INTS. On était d’accord là-dessus. Sauf que cette réflexion a abouti très vite à l’idée de nous faire disparaître complètement. C’est inacceptable ! » Doté d’un budget de 14 millions d’euros, dont 9,5 versés par l’assurance-maladie et le reste généré par les activités de recherche et de diagnostic, l’institut, basé à Paris, est subdivisé en sept départements. Parmi eux, le Centre national de référence pour les groupes sanguins (CNRGS), spécialisé dans les sangs rares, fait figure de structure phare, bénéficiant « d’une renommée internationale », comme l’a reconnu l’Igas. Dans son rapport, celui-ci propose de transférer ce centre au sein de l’EFS. « Ce transfert, impactant fortement l’INTS, conduit à s’interroger sur les autres missions de l’institut, qui pourraient, elles aussi, être rattachées sans difficulté à d’autres structures. Cela conduit à programmer la dissolution de l’INTS », écrit très abruptement le rapport. Pour les personnels, c’est clair : la dissolution était prévue à l’avance ; l’Igas devait simplement la justifier. « La preuve, c’est qu’à aucun moment les propositions de la direction n’ont été examinées », explique Virginie Sauvage, chercheuse à l’INTS et représentante du personnel.

Les salariés tentent de percer les intentions du ministère

Une affaire de gros sous et d’économies ? « Même pas ! répond Richard Ladine. L’Igas reconnaît que cette fusion programmée va coûter cher et qu’il faudra sans doute, en compensation, augmenter à l’avenir le prix des produits sanguins… » L’objectif serait en fait de diminuer le nombre d’agences publiques, jugées trop nombreuses en France. « Nous ne sommes pas inquiets seulement pour nos emplois, mais aussi pour nos missions, reprend le délégué du personnel. Dissoudre l’INTS va aboutir à une perte de compétences et d’expertise sur la transfusion sanguine. Nous n’avons rien contre l’EFS. Mais tout rassembler au sein d’une même structure et créer de fait un monopole peut poser problème. »

Depuis décembre, les salariés tentent de percer les intentions du ministère à leur sujet. Début février, un courrier a été transmis aux conseillers d’Agnès Buzyn réclamant « l’intégration pleine et entière (de l’INTS) dans le paysage transfusionnel ». En effet, l’Institut national de la transfusion sanguine avait été créé pour un temps donné, quinze ans en l’occurrence, avant d’être prolongé, en 2012, pour cinq ans. Dans son rapport, l’Igas a concédé une « ultime prolongation de dix-huit mois », jusqu’en juin 2019, mais pour mieux préparer la dissolution. Un « préfigurateur » doit être nommé d’ici à la fin mars. « Un liquidateur », corrigent les personnels. Interpellée par les salariés lors du conseil d’administration du 2 mars, la directrice adjointe de la santé, Anne-Claire Amprou, n’a pas voulu confirmer le sort réservé à l’institut. Mais ne l’a pas infirmé non plus. Le soir même, les personnels mettaient en ligne une pétition intitulée : « Pour la garantie de la sécurité transfusionnelle, non à la disparition de l’INTS. » Hier, le texte avait été signé par près de 8 900 personnes, dont « de nombreuses fédérations de donneurs de sang bénévoles, ainsi que des structures de recherche étrangères avec lesquelles nous travaillons », soulignait Virginie Sauvage.